1989 — CHÂTEAU GABRIEL, LA DATCHA ET L'HÉLICOPTÈRE

 

 

À la fin des années 1980, alors que je travaillais chez Didier Aaron, j'eus l'occasion d'intervenir sur un chantier assez particulier : la datcha du Château Gabriel, propriété d'Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé, en Normandie.

Jacques Grange en assurait la décoration.

Je travaillais notamment avec Pierre Poulin, menuisier, sur les questions d'exécution. La couverture en châtaignier faisait partie des particularités de cette construction.

Mais ce chantier me réservait aussi quelques scènes inattendues.

Une journée en hélicoptère

Nous étions partis d'Issy-les-Moulineaux vers onze heures du matin. À bord de l'hélicoptère se trouvaient Jacques Grange, Pierre Bergé, Yves Saint Laurent, un secrétaire, moi-même et les deux pilotes.

Nous atterrîmes en pleine campagne, sur une piste située à une cinquantaine de mètres d'un restaurant.

À notre entrée, les regards se tournèrent vers nous. Il faut dire que l'arrivée de sept personnes en hélicoptère ne passait pas tout à fait inaperçue !

Après le déjeuner, nous reprîmes les airs pour rejoindre le Château Gabriel, où nous atterrîmes derrière la propriété.

Les jardiniers et les daims

Devant le château, six ou huit jardiniers étaient occupés à planter des pensées.

Derrière eux, deux daims mangeaient tranquillement les fleurs fraîchement mises en terre.

La scène avait quelque chose de délicieusement absurde. Les jardiniers plantaient, les daims se servaient.

La datcha

Avec Pierre Poulin, nous fîmes le tour de la datcha pour examiner les travaux et échanger sur les questions de toiture, notamment sa couverture en châtaignier.

Nous étions revenus aux réalités du chantier, aux matériaux, aux détails de construction et aux problèmes d'exécution.

Le thé chez Yves Saint Laurent

Puis Yves Saint Laurent me proposa un thé.

Assis sur un canapé, il avait son petit chien à côté de lui.

À un moment, l'animal leva tranquillement la patte et urina sur le canapé.

Sans agitation, un employé de maison intervint pour remplacer les tissus ottomans qui protégeaient le revêtement.

Tout se déroula dans la plus grande douceur, comme si rien d'extraordinaire ne venait de se produire.

Je pris ensuite quelques photographies.

De cette journée, je conserve le souvenir d'un univers singulier, où un hélicoptère remplaçait la voiture, où les daims dévoraient les plantations des jardiniers et où un petit chien pouvait interrompre le thé sans troubler la sérénité de la maison.

Et au milieu de tout cela, nous parlions simplement de menuiserie et de couverture en châtaignier.


 

 

Château Gabriel, 1989 — Quelques vues des intérieurs photographiés lors de cette visite. © Jean-Pierre Lenormand.