DES POISSONS AU PLAFOND
Philippe Starck — Paris, début des années 1980
Après avoir dessiné les plans de La Main Jaune, Philippe Starck me demanda d'étudier un projet pour l'un de ses amis et clients.
L'idée était pour le moins inhabituelle : remplacer la corniche du plafond de son appartement par un aquarium.
Les poissons devaient ainsi évoluer tout autour de la pièce, au-dessus de la tête des occupants.
L'idée était séduisante, mais sa réalisation posait quelques problèmes !
Je développai le projet, étudiai les supports, leurs ancrages et les contraintes techniques liées au poids considérable de l'eau, avant de mettre l'ensemble au plan.
Une fois cette partie terminée, mon intervention s'arrêtait là. La filtration, l'éclairage et les autres équipements nécessaires au fonctionnement de l'aquarium étaient confiés à des spécialistes.
Le projet fut réalisé.
Quelque temps plus tard, Philippe me raconta que l'eau était très vite devenue verte.
Quant à la suite, je ne peux que l'imaginer…
UN HOMME-GRENOUILLE DANS L'ESCALIER
Un autre projet, tout aussi extravagant, consistait à transformer la cage d'escalier d'un petit hôtel particulier en un immense aquarium.
Cette fois, ce n'étaient plus les poissons qui tournaient autour d'une pièce : c'était l'escalier qui devait se trouver au milieu de l'eau.
L'entretien d'une telle installation nécessitait l'intervention d'un homme-grenouille.
Selon l'anecdote qui m'a été rapportée, un jour, au cours d'une intervention, celui-ci heurta un peu trop fortement une paroi.
Elle céda.
La masse d'eau se déversa dans l'escalier, entraînant notre homme-grenouille dans sa course, jusqu'au trottoir !
On imagine la scène…
Ces projets témoignaient de cette époque où l'imagination ne semblait connaître aucune limite.
Mais entre une idée dessinée sur le papier et sa réalisation, il y avait toujours les matériaux, les contraintes techniques et, parfois, quelques surprises.
L'eau, elle, ne fait jamais de concessions à l'imagination.
UN BUREAU DANS LES AQUARIUMS
Bien des années après mes premiers dessins d'aquariums chez Philippe Starck, je découvris une installation d'une tout autre dimension.
La salle de réunion, le salon et le bureau étaient bordés d'immenses aquariums. Dans le couloir reliant ces différents espaces, les parois vitrées se prolongeaient jusqu'au plafond, donnant l'impression de circuler sous la mer.
En 2001, j'avais rencontré à la guest house un Anglais, homme-grenouille de profession, chargé de rapporter des spécimens de poissons de la mer Rouge.
Un personnel nombreux assurait quotidiennement la nourriture, les soins et l'entretien de ces pensionnaires captifs.
Derrière ce spectacle extraordinaire se cachait une organisation humaine et technique considérable.
Faire entrer la mer dans une maison était une chose. L'y maintenir en vie en était une autre.


