LE TISSU


 

 

 

LE TISSU — LA MAIN AVANT L’OUTIL 

Avec le tissu, la main intervient avant même les ciseaux ou l’aiguille.

Elle touche, froisse, pince, plie, tend, lisse, drape et caresse.

Entre les doigts, elle reconnaît presque immédiatement ce que l’œil ne suffit pas à dire : le poids d’un velours, la raideur d’un taffetas, la souplesse d’une soie, le grain d’un lin, le tombé d’une laine.

Puis viennent les mains du tailleur, du tapissier et du passementier. Elles mesurent, coupent, assemblent, cousent, tendent, garnissent et terminent.

Avec le tissu, la main ne fait pas que fabriquer : elle juge la matière en la touchant.

  

L’œil guide la main. La main façonne la matière. Puis elle la touche pour comprendre ce que l’œil seul ne peut pas voir.

 

 
 

« Il n’y a pas de limite dans l’imaginaire de l’artisan tapissier. »

STEVEN RENOU
Responsable des ateliers Seigneur

 

Résidences

 



 


 Les Passementeries de l ile de France

 

LE LANGAGE DE LA MATIÈRE 

Puis vient un autre langage, celui du passementier.

Galons, lézardes, crêtes, soutaches, câblés, cordelières, passepoils, marabouts, franges, embrasses, glands, cartisanes à glands…

Tout un vocabulaire que l'on apprenait peu à peu au contact des tapissiers, des passementiers et des maisons spécialisées.

Certains de ces mots semblent aujourd'hui presque appartenir à une langue ancienne. Pourtant, dans une grande décoration, chacun désignait quelque chose de très précis : une bordure, une finition, un relief, une façon de souligner la forme d'un siège ou d'accompagner la chute d'un rideau.

Le passementier habillait le tissu comme le tissu habillait le meuble.

Galons, lézardes, crêtes, soutaches, câblés, cordelières, embrasses, glands, franges, effilés… La passementerie souligne une ligne, accompagne une couture, termine un rideau ou donne du relief à un siège. Elle peut être presque invisible ou devenir elle-même un élément du décor.

Et autour de ces deux métiers se constitue tout un vocabulaire que le décorateur finit lui aussi par apprendre.

Car choisir un tissu n'est jamais seulement choisir un motif.

Il faut le regarder, mais aussi le toucher.



LE LANGAGE DE L’ATELIER

Autour d’un canapé ou d’une paire de rideaux, la conversation entre le décorateur, le tapissier et le passementier pouvait devenir incompréhensible pour qui n’en connaissait pas le vocabulaire.

— Pour le canapé, on garde le velours ?
— Oui, mais je voudrais souligner l’accotoir. Un passepoil, peut-être ?
— Un passepoil ton sur ton, alors. Il faut qu’il accompagne la forme sans la durcir.

Le passementier regarde les échantillons :

— Et pour les rideaux ?
— Le taffetas est très beau, mais il faut terminer la bordure. Une lézarde ?
— Ou un galon. Et pour les embrasses, on pourrait reprendre les deux tons avec une cordelière et des glands.
— Pas trop importants, les glands.
— Alors plutôt des cartisanes… et peut-être un marabout pour donner un peu de souplesse.

Quelques mots suffisaient et chacun savait de quoi il était question : passepoil, lézarde, galon, cordelière, embrasse, cartisane, gland, marabout…

Ce langage n’était pas décoratif. Il permettait de décider très précisément comment terminer une couture, souligner la courbe d’un fauteuil, border un rideau ou accompagner son tombé.

Et, comme toujours, les mains intervenaient. On rapprochait les échantillons, on pliait le tissu, on le froissait légèrement, on posait le galon dessus pour regarder l’accord.

On choisissait avec l’œil, mais on décidait aussi avec les doigts.


LES MAISONS D'EDITION

 


 


 


Utilisée par les plus grands décorateurs, la passementerie est le complément du tissu d’ameublement.

 


Présentation client — agence parisienne, années 1980. I.A
 
 
 
Projet de tapis pour le paquebot Normandie — décorateur Sibut.


 

 Gouache, collection A. Tchouhadjian.
Photographie : Tchouhadjian — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

 

 

Charles Jouffre — Du Maroc aux grands décorateurs français 

Un tapissier d'exception, fondateur des Ateliers Jouffre en 1987 à Lyon, devenu une référence internationale pour les rideaux, les tentures, les sièges et les décors textiles sur mesure.

Il a notamment travaillé avec Pierre Yovanovitch, Juan Pablo Molyneux, Robert Couturier et Philippe Starck.